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Pilou (représentation en volume)

Désignation

Pilou (représentation en volume)

Lieu :

Nouvelle-Calédonie : Pays

Matière et technique

Terre crue indéterminée ; Façonné
Bois indéterminé (xylème) ; Taillé (bois, os)
Peinture indéterminée ; Appliqué

Mesures

Longueur en cm : 31.5 (pilou) ; Largeur en cm : 27 (pilou) ; Hauteur en cm : 23 ; Poids (en kg) : 1.31
Longueur en cm : 29 (socle) ; Largeur en cm : 21.5 (socle) ; Hauteur en cm : 1.3

Identification

MNC 2018.13.1

Description :

Représentation d'une scène de pilou kanak. Au milieu se trouve un poteau sculpté et peint, autour duquel sont assises trois femmes, autour desquelles dansent 7 hommes kanak. 2 emplacements vides suggèrent la présence par le passé de deux hommes supplémentaires, ainsi que d’une femme. *Les trois femmes sont assises en tailleur, avec une jupe colorée, et portent les cheveux courts et des colliers rouges. Elles ont toutes la peau marron, les cheveux noirs, les lèvres rouges, ainsi que les pointes des seins rouges et noires. Les yeux sont figurés par des touches de blanc sur le fond marron. **La première femme assise a une jupe bleue à points jaunes. Elle porte un collier à deux rangs, rouges à points jaunes. Sa main gauche est fermée, mais vide (perte d’un accessoire) tandis que sa main droite tient un morceau de bois. Anciennes restaurations : le bord de la jupe à droite a été remplacé par du plâtre, peint pour imiter la couleur et les motifs d’origine de la jupe. Dommages actuels : le rang du bas du collier est cassé devant. La « ceinture » est cassée à l’arrière, le cou a été cassé. **La deuxième femme assise a une jupe rouge à ronds bleus avec l’intérieur jaune. Elle porte un collier à deux rangs, rouges à points jaunes. Sa main droite tient une baguette de bois. Un bracelet rouge a été peint sur le poignet gauche. Anciennes restaurations : le bras gauche a été recollé au niveau de l’épaule. Dommages actuels : la main gauche est manquante, le rang du bas du collier est cassé devant tandis que le rang du haut est cassé du côté droit. **La troisième femme assise a une jupe rouge à croix jaunes. Elle porte un collier à un seul rang, rouges à points jaunes. Ses deux mains portent des baguettes de bois cassées. Anciennes restaurations : l’épaule droite comporte un morceau recollé tandis que le bord de la jupe a été remplacé par du plâtre, peint pour imiter la couleur et les motifs d’origine de la jupe. ***Les sept hommes sont debout sur leur jambe gauche, avec la jambe droite pliée en l’air, vêtus d’un manou coloré allant de la ceinture aux genoux, avec un pan plus long sur le devant. Ils portent tous des coiffes de tissu et des colliers rouges à points jaunes. Ils ont tous la peau marron, les cheveux et éventuellement les barbes noires, les lèvres rouges, ainsi que les pointes des tétons rouges et noires. Les yeux sont figurés par des touches de blanc sur le fond marron. Un clou est à chaque fois planté dans le pied gauche, permettant de les faire tenir sur le socle. ***Le premier homme debout a une jupe jaune décorée d’étoiles bleues encerclant des points rouges. Il porte un collier à deux rangs. Sa main gauche est fermée, mais vide (perte d’un accessoire) tandis que sa main droite tient un morceau de bois. Il est imberbe et porte une coiffe-bonnet rouge terminant en pointe sur le devant. Il porte également une touche de peinture rouge au poignet gauche évoquant un bracelet. Anciennes restaurations : la cheville gauche semble avoir été réparée dans le passé. Dommages actuels : La « ceinture » est cassée à l’arrière. ***le deuxième homme debout a une jupe rouge décorée de ronds bleus et jaunes. Il porte un collier à deux rangs. Ses mains sont intactes. La gauche tient une hache tandis que la main droite tient une massue phallique. Il est barbu et porte une coiffe-turban jaune et orange. Il porte également une touche de peinture rouge au bras gauche rouge évoquant un brassard. Aucune ancienne restauration. Dommages actuels : La « ceinture » est cassée à l’arrière. ***Le troisième homme debout a une jupe jaune décorée d’une alternance de ronds bleus et de lignes rouges. Il porte un collier à trois rangs. Sa main gauche est fermée sur un morceau de bâton qui dépasse vers le bas tandis que sa main droite tient un reste de bâton. Il a une barbe longue et porte un turban/ bandeau rouge. Anciennes restaurations : la jambe gauche a été (maladroitement) refaite presque entièrement, une tige en cuivre a été plantée dans le pied pour le faire tenir verticalement. L’épaule droite a également été recollée. ***Le quatrième homme debout a une jupe rouge décorée de grands cercles jaunes. Il porte un collier à deux rangs. Ses deux mains enserrent des bâtons. Celui de la droite semble avoir été une massue, maintenant cassée. Il est imberbe et porte un turban/ bandeau bleu. Il porte également une touche de peinture rouge au poignet gauche évoquant un bracelet. Anciennes restaurations : le pied droit a été recollé dans le passé, et mal repositionné. L’épaule droite a également été recollée. Dommages actuels : fissures au niveau du torse et des épaules. Idem sur les chevilles. La « ceinture » est cassée à l’arrière. ***Le cinquième homme debout a une jupe rouge décorée de petits points jaunes. Il porte un collier à deux rangs. Ses deux mains enserrent des accessoires : une massue à droite et un bâton à gauche. Il est barbu et porte un turban/ bandeau rouge. Il porte également une touche de peinture rouge au poignet gauche évoquant un bracelet. Anciennes restaurations : l’épaule gauche a été recollée dans le passé, et mal repositionnée, ce qui fait que le bâton tenu dans la main gauche se retrouve dans l’œil du personnage. Dommages actuels : La surface est écaillée sur les chevilles et on note une fente sur le torse. ***Le sixième homme debout a une jupe bleue décorée de gros ronds rouges et jaunes. Il porte un collier à deux rangs. Il porte uniquement une massue complète dans la main gauche tandis que la main droite est vide. Il est barbu et porte un turban/ bandeau rouge. Anciennes restaurations : le pied droit a été recollé au niveau du mollet, ainsi que la cheville gauche. Dommages actuels : RAS. ***Le septième homme debout a une jupe jaune à petits pois bleus. Il porte un collier à deux rangs. Il porte uniquement une tige de bois cassée dans la main gauche. Il est barbu et porte un turban/ bandeau rouge. On note une trace de peinture verte sur le pied gauche Anciennes restaurations : des traces à la cheville gauche suggèrent une réparation. Dommages actuels : le bras droit est manquant. Un trou sur la tête pourrait avoir été la trace d’un ancien plumet, ou simplement un dommage. Le manou est fissuré. ***Le huitième homme debout (personnage 11) a une verte décorée de serpentins jaunes. Il porte un collier à deux rangs. Il porte une massue phallique intacte dans la main droite, et un bâton dans la main gauche auquel il manque des morceaux, et qui se trouve derrière lecorps. Il est moustachu et porte un turban rouge qui recouvre toute la tête. Anciennes restaurations : des traces aux deux épaules suggèrent une réparation. Dommages actuels : la cheville gauche est fendue, et la « ceinture » est cassée à l’arrière. ****La base sur laquelle sont plantés les personnages est ovale, en bois, et comporte dessous quatre petits pieds semi-circulaires. Du sable a été collé et peint en jaune et en rouge sur la partie supérieure tandis qu’un mât a été collé au centre. Ce dernier est constitué d’un cylindre en bois, peint de divers motifs colorés et répétés, au sommet duquel un double visage barbu en janus a été modelé en terre. Le visage est marron, comporte une barbe noire, des larges lèvres souriantes et rouges, des yeux ronds et blancs, des sourcils noirs. Les visages sont surmontés d’un turban rouge horizontal faisant tout le tour du mât, entourant une coiffe pointue de couleur jaune-vert.

Fonctionnement et contexte

Inédit du musée de Novembre 2018 MNC 2018.13.1 Longueur: 31.5 cm - largeur: 27 cm - hauteur: 23 cm Matière (s) : terre crue, fibres végétales, papier, grains de silice, bois, peinture Technique (s) : modelage, taillage, assemblage Don de monsieur Jean Guiart Cette œuvre est une reconstitution d’une scène de pilou, danse ritualisée exécutée lors de cérémonies coutumières kanak. Elle fait partie de ces objets sortis tout droit des ateliers du bagne regroupés aujourd’hui sous l’appellation « chefs-d’œuvre du bagne » ou « art du bagne ». Par décret, Napoléon III décide d’installer un bagne en Nouvelle-Calédonie, devenue possession française le 24 septembre 1853, en remplacement de celui installé quelques années auparavant en Guyane. Ils seront plus de 20 000 bagnards composés de transportés pour la plupart, de relégués et de déportés, entre 1863 et 1894, date à laquelle le convoi de condamnés sera définitivement arrêté. L’Administration pénitentiaire installe le pénitencier principal à l’île Nou où la plupart des bagnards effectueront leur peine et d’autres centres pénitentiaires dans d’autres endroits en Nouvelle-Calédonie (île des Pins, la presqu’île de Ducos, Prony, la Ouaménie, La Foa, Bourail, Pouembout, le Diahot,….). Outre la réalisation des routes et des bâtiments de la coloniale, les transportés confectionnaient en dehors des heures de travaux forcés différents types d’objets « souvenirs » : statuettes et scènes modelées, nacres et trocas gravés, noix de cocos sculptées, dioramas, boîtes à tabac en bois, pipes décorées,… Ils fabriquaient aussi des meubles en bois : bibliothèques, tables, chaises,... Tout cela était destiné à la vente. Dès le 28 mai 1863, une boutique de souvenirs a été ouverte à l’île Nou pour vendre la « camelote » des bagnards, surnom donné communément par les forçats et l’Administration pénitentiaire à cette production. Cette initiative sera très vite interrompue mais les bagnards ont continué à vendre clandestinement par le biais des libérés ou de certains des surveillants pénitenciers jusqu’à sa légalisation en 1886. Les quelques deniers qu’ils se procuraient en vendant ces « camelotes » leur permettaient d’améliorer leur ration alimentaire quotidienne. Les productions artistiques des bagnards sont aujourd’hui des témoins de la vie de ces populations forcées de s’établir pour la plupart en Nouvelle-Calédonie, au même titre que les bâtiments qui les ont accueillis, devenus des vestiges de ce passé. Depuis trois ans, l’association Témoignage d’un passé, chargée du futur musée du bagne à Nouville, a commencé un inventaire des objets du bagne de Nouvelle-Calédonie. Le musée de Nouvelle-Calédonie possède dans ses collections quelques spécimens : 4 statuettes d’homme kanak; 3 statuettes de femme kanak; 2 pots à tabac; 1 pipe en terre cuite; 1 massue kanak resculptée; 2 dioramas; 2 nautiles gravés d’un portrait; 1 huître perlière gravée; 1 troca gravé; 1 noix de coco gravée. Nous ne savons pas quand est-ce que cet objet a été confectionné, ni le nom du condamné qui l’a réalisé. Les matières utilisées principalement pour sa confection sont la terre crue, des fibres végétales, du papier, des grains de silice ainsi que du bois. Quelques attributs en bois sont portés par les personnages, tandis que des tiges de métal permettent le maintien vertical des statuettes sur la planchette. L’artisan n’a certainement jamais assisté à une scène de pilou, comme la plupart d’entre eux, étant donné leur condition. Ils s’inspiraient des photographies et des reproductions de gravures fournies par l’Administration pénitentiaire. Cette représentation artistique met en évidence la danse traditionnelle kanak dite sacrée des gens de la Grande Terre. Elle met en scène dix personnages masculins dont deux manquent, dansant autour d’un mât de danse à visage sculpté, au pied duquel, trois femmes en position assise semblent rythmer à l’aide de battoirs en écorce la cadence du pilou. Ceci est une mauvaise représentation d’une scène de pilou dans la mesure où ce type de mât de danse n’est pas courant dans les mœurs des gens du pays. Celui-ci est assez grossier. La plupart des mâts ou « corps » de danse sont faits d’un bois très dur (gaïac, bois de fer,…) à branches sur lequel sont attachés des morceaux de tapa, de la paille ou parfois des conques. Le pilou est le summum de tout acte cérémoniel dans la société traditionnelle kanak. Cette danse qui lie le monde des vivants à celui des morts, est un moment solennel contracté par deux clans rivaux dans lequel ils scellent définitivement leur alliance. C’est l’occasion pour les chefs de donner leurs bons conseils et d’avertir ceux qui auraient de mauvais comportements tout en préservant l’unité des clans. Le pilou se produit pendant toute une nuit pour prendre fin à la première lueur du jour et est scandé par les discours généalogiques, les chants traditionnels aé aé, les incantations et divers échanges de paroles. Les participants s’échangent aussi leurs produits de parures et d’ornements ainsi que leurs armes (lances, arcs et flèches,…) qu’ils apportent pour cet événement festif et heureux.

Exposition

"Inédits du Musée" MNC-ALAM 2018 Musée de Nouvelle-Calédonie 04/03/2018 31/12/2018
Journées du Patrimoine Visite Réserve 2018 Musée de Nouvelle-Calédonie 22/09/2018 22/09/2018

Date d'entrée / prise en charge du bien :

18/07/2018