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Monnaie d'échange en perles de verre (morceau) -...


Description :

Fil végétal torsadé (lin, coton ou chanvre) sur lequel sont enfilées des perles de verre blanches de forme légèrement irrégulière.

Fonctionnement et contexte

Monnaie d'échange en perles de verre collectée entre 1916 et 1978 par Nicolas Ratzel, qui fut l'un des acteurs de la guerre de 1917 en Nouvelle-Calédonie. Les premières rencontres entre communautés océaniennes et navigateurs européens furent l'occasion de transactions dont la nature nous apparaît aujourd'hui souvent complexe et dérisoire tant les "choses" échangées et les attentes réciproques semblent avoir été incommensurables. D'un côté, des clous, des lames de métal (fers de hache, cercles de tonneaux), des perles de verroterie, des coupons de tissus troqués dans une perspective utilitaire ou commerciale, de l'autre des objets généralement chargés de prestige et d'intensité sociale donnés dans l'espoir d'instituer des relations durables avec les nouveaux venus. L'anthropologue Daniel de Coppet a bien résumé le malentendu qui s'installe dès les premiers échanges. Pour l'insulaire, La "chose" précieuse ou la monnaie, "celle qu'il fabrique aussi bien que celle des Blancs, est porteuse des relations de la société tout entière. Elle est réputée capable de relancer des cycles qui lient aussi bien les mariages, les funérailles, le lancement de nouvelles pirogues…" En acceptant de recevoir des "choses" européennes contre leurs propres choses, les Océaniens "ont cru inaugurer une relation qui engloberait la société des Blancs et la leur dans un même système à la fois social et cosmique". De ces échanges illusoires, nous restent des milliers d' "objets d'art et d'ethnographie" conservés dans les Musées européens et américains et ces objets du contact, dont on présente ici deux spécimens d'origine kanak: une longueur de monnaie en perles de verre coloré et une herminette à lame de fer. Des objets mêlant matériaux et techniques d'Europe et d'Océanie comme autant de promesses de relation. La plupart des perles en verre coloré qui ont circulé en Océanie au XIXe siècle et au début du XXe – la "verroterie" des récits d'exploration - provenaient de Bohême où leur fabrication avait été initiée par des ouvriers vénitiens émigrés dans les années 1500 (P. Francis Jr. The Czech bead story, 1979). Le commerce colonial facilita le développement d'importantes innovations industrielles, notamment la création de machines permettant de produire une grande variété de perles selon un procédé de pressage du verre en fusion dans des moules chauffés. Des milliers de perles identiques purent ainsi être fabriqués rapidement et à moindre coût, dont beaucoup finirent leur trajectoire dans les mers du Sud. A la même époque, les produits des métallurgies hollandaise, britannique et à un moindre degré allemande et française se répandirent sur toute la planète. Texte de Patrice Godin, écrit pour les "inédits" en avril 2011.

Exposition

"Inédits du Musée" MNC-ALAM 2011 Musée de Nouvelle-Calédonie 02/03/2011 30/05/2012

Référence bibliographique :

RATZEL Nicolas "Cahiers de mes souvenirs de géomètre calédonien : 1894-1939" SEHNC 2006

Date d'entrée / prise en charge du bien :

04/04/2008